Alors La Vallière, avec une voix brève et entrecoupée, avec des yeux desséchés par le feu des larmes, fit à son tour un pas vers le roi.


– Votre Majesté a tout entendu? dit-elle.


– Tout, quoi?


– Tout ce qui a été dit par moi au chêne royal?


– Je n’en ai pas perdu une seule parole, mademoiselle.


– Et Votre Majesté, lorsqu’elle m’eut entendue, a pu croire que j’avais abusé de sa crédulité.


– Oui, crédulité, c’est bien cela, vous avez dit le mot.


– Et Votre Majesté n’a pas soupçonné qu’une pauvre fille comme moi peut être forcée quelquefois de subir la volonté d’autrui?


– Pardon, mais je ne comprendrai jamais que celle dont la volonté semblait s’exprimer si librement sous le chêne royal se laissât influencer à ce point par la volonté d’autrui.


– Oh! mais la menace, Sire!


– La menace!… Qui vous menaçait? qui osait vous menacer?


– Ceux qui ont le droit de le faire, Sire.


– Je ne reconnais à personne le droit de menace dans mon royaume.


– Pardonnez-moi, Sire, il y a près de Votre Majesté même des personnes assez haut placées pour avoir ou pour se croire le droit de perdre une jeune fille sans avenir, sans fortune, et n’ayant que sa réputation.


– Et comment la perdre?


– En lui faisant perdre cette réputation par une honteuse expulsion.


– Oh! mademoiselle, dit le roi avec une amertume profonde, j’aime fort les gens qui se disculpent sans incriminer les autres.


– Sire!


– Oui, et il m’est pénible, je l’avoue, de voir qu’une justification facile, comme pourrait l’être la vôtre, se vienne compliquer devant moi d’un tissu de reproches et d’imputations.


– Auxquelles vous n’ajoutez pas foi alors? s’écria La Vallière.


Le roi garda le silence.


– Oh! dites-le donc! répéta La Vallière avec véhémence.



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