
Puis, s’inclinant devant elle et lui prenant la main:
– Mademoiselle, lui dit-il, voulez-vous me faire cet honneur d’agréer le baiser que je dépose sur votre main?
Et la lèvre du roi se posa respectueuse et légère sur la main frissonnante de la jeune fille.
– Désormais, ajouta Louis en se relevant et en couvrant La Vallière de son regard, désormais vous êtes sous ma protection. Ne parlez à personne du mal que je vous ai fait, pardonnez aux autres celui qu’ils ont pu vous faire. À l’avenir, vous serez tellement au-dessus de ceux-là, que, loin de vous inspirer de la crainte, ils ne vous feront plus même pitié.
Et il salua religieusement comme au sortir d’un temple.
Puis, appelant de Saint-Aignan, qui s’approcha tout humble:
– Comte, dit-il, j’espère que Mademoiselle voudra bien vous accorder un peu de son amitié en retour de celle que je lui ai vouée à jamais.
De Saint-Aignan fléchit le genou devant La Vallière.
– Quelle joie pour moi, murmura-t-il, si Mademoiselle me fait un pareil honneur!
– Je vais vous renvoyer votre compagne, dit le roi. Adieu, mademoiselle, ou plutôt au revoir: faites-moi la grâce de ne pas m’oublier dans votre prière.
– Oh! Sire, dit La Vallière, soyez tranquille: vous êtes avec Dieu dans mon cœur.
Ce dernier mot enivra le roi, qui, tout joyeux, entraîna de Saint-Aignan par les degrés.
Madame n’avait pas prévu ce dénouement-là: ni naïade ni dryade n’en avaient parlé.
Chapitre CXXXIV – Le nouveau général des jésuites
Tandis que La Vallière et le roi confondaient dans leur premier aveu tous les chagrins du passé, tout le bonheur du présent, toutes les espérances de l’avenir, Fouquet, rentré chez lui, c’est-à-dire dans l’appartement qui lui avait été départi au château, Fouquet s’entretenait avec Aramis, justement de tout ce que le roi négligeait en ce moment.
