
– Vous me direz, commença Fouquet, lorsqu’il eut installé son hôte dans un fauteuil et pris place lui-même à ses côtés, vous me direz, monsieur d’Herblay, où nous en sommes maintenant de l’affaire de Belle-Île, et si vous en avez reçu quelques nouvelles.
– Monsieur le surintendant, répondit Aramis, tout va de ce côté comme nous le désirons; les dépenses ont été soldées, rien n’a transpiré de nos desseins.
– Mais les garnisons que le roi voulait y mettre?
– J’ai reçu ce matin la nouvelle qu’elles y étaient arrivées depuis quinze jours.
– Et on les a traitées?
– À merveille.
– Mais l’ancienne garnison, qu’est-elle devenue?
– Elle a repris terre à Sarzeau, et on l’a immédiatement dirigée sur Quimper.
– Et les nouveaux garnisaires?
– Sont à nous à cette heure.
– Vous êtes sûr de ce que vous dites, mon cher monsieur de Vannes?
– Sûr, et vous allez voir, d’ailleurs, comment les choses se sont passées.
– Mais de toutes les garnisons, vous savez cela, Belle-Île est justement la plus mauvaise.
– Je sais cela et j’agis en conséquence; pas d’espace, pas de communications, pas de femmes, pas de jeu; or, aujourd’hui, c’est grande pitié, ajouta Aramis avec un de ces sourires qui n’appartenaient qu’à lui, de voir combien les jeunes gens cherchent à se divertir, et combien, en conséquence, ils inclinent vers celui qui paie les divertissements.
– Mais s’ils s’amusent à Belle-Île?
– S’ils s’amusent de par le roi, ils aimeront le roi; mais s’ils s’ennuient de par le roi et s’amusent de par M. Fouquet, ils aimeront M. Fouquet.
– Et vous avez prévenu mon intendant, afin qu’aussitôt leur arrivée…
