– En quoi?


– Jamais le roi ne me sera dévoué.


– Je ne vous ai pas dit que le roi vous serait dévoué, ce me semble.


– Mais si, au contraire, vous venez de le dire.


– Je n’ai pas dit le roi. J’ai dit un roi.


– N’est-ce pas tout un?


– Au contraire, c’est fort différent.


– Je ne comprends pas.


– Vous allez comprendre. Supposez que ce roi soit un autre homme que Louis XIV.


– Un autre homme?


– Oui, qui tienne tout de vous.


– Impossible!


– Même son trône.


– Oh! vous êtes fou! Il n’y a pas d’autre homme que le roi Louis XIV qui puisse s’asseoir sur le trône de France, je n’en vois pas, pas un seul.


– J’en vois un, moi.


– À moins que ce ne soit Monsieur, dit Fouquet en regardant Aramis avec inquiétude… Mais Monsieur…


– Ce n’est pas Monsieur.


– Mais comment voulez-vous qu’un prince qui ne soit pas de la race, comment voulez-vous qu’un prince qui n’aura aucun droit…


– Mon roi à moi, ou plutôt votre roi à vous, sera tout ce qu’il faut qu’il soit, soyez tranquille.


– Prenez garde, prenez garde, monsieur d’Herblay, vous me donnez le frisson, vous me donnez le vertige.


Aramis sourit.


– Vous avez le frisson et le vertige à peu de frais, répliqua-t-il.


– Oh! encore une fois, vous m’épouvantez.


Aramis sourit.


– Vous riez? demanda Fouquet.


– Et, le jour venu, vous rirez comme moi; seulement, je dois maintenant être seul à rire.


– Mais expliquez-vous.


– Au jour venu, je m’expliquerai, ne craignez rien. Vous n’êtes pas plus saint Pierre que je ne suis Jésus, et je vous dirai pourtant: «Homme de peu de foi, pourquoi doutez-vous?»



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