

LE PHARE DE LAUTERBRONNEK.
«Mais vous savez cela tout aussi bien que moi, puisque vous êtes ingénieure comme moi, fit-il, s'arrêtant enfin dans ses discours, qui lui semblaient quelque peu entachés de pédanterie.
— Mais non, monsieur, j'ai encore un dernier examen à passer avant d'obtenir mon brevet et… faut-il vous l'avouer, j'ai déjà été retoquée deux t'ois. Je continue à suivre par phonographe les cours de l'Université de Zurich, je me prépare à me représenter une troisième fois, et je travaille, et je pâlis sur mes cahiers, mais sans avancer beaucoup, il me semble… Hélas! je ne mords pas très facilement à tout cela, et il me faut mon grade pour entrer dans l'administration des Phares alpins, comme mon père… C'est ma carrière qui est en jeu!.. Pourtant, j'ai très bien compris ce que vous m'avez dit; je vais prendre quelques notes, pendant que c'est encore frais, car demain tout sera un peu brouillé dans ma tête!»
Pendant que la jeune lille, un peu rassurée, cherchait dans l'amoncellement de livres, de cahiers, de clichés phonographiques qui couvrait sa table de travail et griffonnait quelques lignes sur un carnet, Georges Lorris la regardait et ne pouvait s'empêcher de remarquer la grâce de ses attitudes et l'élégance naturelle de toute sa personne, dans sa toilette d'un goût simple et modeste. Quand elle relevait la tète, il admirait la délicatesse et la régularité de ses traits, la courbure gracieuse du nez, les yeux profonds et purs, et le front large sur lequel de magnifiques torsades blondes faisaient comme un casque d'or.
Estelle Lacombe était la fille unique d'un fonctionnaire de l'administration des Phares alpins de la section helvétique.
