A Paris, dans une somptueuse demeure du XLII C arrondissement, sur les hauteurs de Sannois, un père était en train de sermonner véhémentement son fils lorsque éclata la tournade. Ce père n'était rien moins que le fameux Philoxène Lorris, le grand inventeur, l'illustre et universel savant, le plus gros bonnet de tous les gros bonnets des industries scientifiques.

Nous sommes, avec Philoxène Lorris, bien loin de ce bon et timide savant à lunettes d'antan. Grand, gros, rougeaud, barbu, Philoxène Lorris est un homme aux allures décidées, au geste prompt et net, à la voix rude. Fils de petits bourgeois vivotant ou plutôt végétant en paix de leurs 40,000 livres de rente, il s'est fait lui-même. Sorti premier de l'École polytechnique d'abord et ensuite de Internationalscientifie industrie Institut, il refusa d'accepter les offres d'un groupe de financiers qui lui proposaient de Y entreprendre — suivant le terme consacré — et se mit carrément de lui-même pour dix ans en quatre mille actions de 5,000 francs chacune, lesquelles, sur sa réputation, furent toutes enlevées le jour même de l'émission.

Avec les linéiques millions de la Société, Philoxène Lorris fonda aussitôt une grande usine pour l'exploitation d'une affaire importante étudiée et mijotée par lui avec amour et dont les bénéfices furent si consi-dérables que, sur la grosse part qu'il s'était réservée par l'acte de fondation, il fut à même de racheter toutes les actions de la commandite avant la fin de la quatrième année. Ses affaires prirent dès lors un essor prodigieux; il monta un laboratoire d'études, admirablement organisé, s'entoura de collaborateurs de premier ordre et lança coup sur coup une douzaine d'affaires énormes, basées sur ses inventions et découvertes.

Honneurs, gloire, argent, tout arrivait à la fois à l'heureux Philoxène Lorris. De l'argent, il en fallait pour ses immenses entreprises, pour ses agences innombrables, pour ses usines, ses laboratoires, ses observatoires, ses établissements d'essais.



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