Le véritable acheteur de Verdelot avait cru marquer un point décisif dans la compétition amoureuse qui l'opposait au Zubial en offrant cette demeure à ma mère; mais l'affaire faillit lui coûter la vie. Ivre d'amour, l'imprudent avait siphonné en douce quelques millions sur les comptes en Suisse d'une grande star française de cinéma, laquelle n'avait pas trouvé la plaisanterie très à son goût. Un contrat avait été pris sur sa tête; il en réchappa à la suite de sombres tractations avec la pègre marseillaise. En ce temps-là, la beauté de ma mère allumait des guerres. Mais le véritable coupable était le Zubial; c'était bien son naturel excessif qui provoquait une telle flambée des enchères pour séduire sa femme.

À Verdelot, donc, mon père aima ma mère, à sa façon périlleuse, sans filet. Jamais il ne se crut propriétaire de cette femme étonnante, à bien des égards mythique, qui me donna la vie. Que l'on se figure Romy Schneider et l'on aura une idée assez juste de sa présence, puisque c'est sous les traits de cette comédienne que l'on retrouve au cinéma la plupart des personnages qu'elle inspira aux cinéastes qui ont souffert de l'adorer.

Pour l'aimer au mieux, le Zubial installa donc dans cette maison deux ou trois amants de ma mère qui se retrouvaient tous les week-ends avec lui! Et pour faire bonne mesure, le Zubial y venait souvent accompagné de l'une des créatures qu'il avait réussi à suborner. Son idée, fort simple, était de faire de ses compétiteurs des maris, afin de demeurer toujours l'amant de ma mère. Concevoir une telle dramaturgie intime est une chose, la vivre en est une autre; mais c'est ainsi qu'il ne cessa jamais de la reconquérir.



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