
— Tu n’arrêtais pas de te cogner partout ! s’indigna Gurder.
— Je le prenais en main. Et puis, dans le ciel, il n’y a rien contre quoi on puisse se cogner, à part les nuages, et ils ont l’air plutôt mous.
— Il y a le sol !
— Oh ! le sol, c’est pas un problème. Il est trop loin, il est en bas.
Masklinn tapota le Truc.
— Tu sais où se trouve le jet qui va en Floride ?
— Oui.
— Alors, conduis-nous. En évitant les humains, autant que possible.
Il pleuvait doucement. Comme la soirée commençait, les lumières s’allumaient partout sur l’aéroport.
Personne n’entendit le faible tintement d’une petite grille de ventilation qui tombait d’un mur extérieur.
Trois silhouettes imprécises se laissèrent choir sur le béton, et s’en furent à grande vitesse.
En direction des avions.
Angalo leva les yeux. Et les leva encore un peu. Et il fallait les lever encore plus. À la fin, il se retrouva avec la tête complètement renversée en arrière.
Il était au bord des larmes.
— Oh, mince ! répétait-il sans cesse.
— C’est trop gros, bafouilla Gurder en essayant de ne pas regarder.
Comme la plupart des gnomes nés dans le Grand Magasin, il avait horreur de regarder en l’air et de ne pas voir un plafond. Angalo était comme lui mais, plus que de se retrouver Dehors, il avait horreur de ne pas aller vite.
— Je les ai vus monter dans le ciel, insista Masklinn. Ils volent vraiment. Je vous le jure.
— Mince !
L’appareil les dominait de sa masse, une masse telle qu’il fallait reculer sans cesse pour contempler pleinement sa taille. La pluie luisait sur sa surface. Les balises de l’aéroport faisaient fleurir des taches vertes et blanches sur ses flancs. Ce n’était plus un objet, c’était un morceau de ciel auquel on avait donné forme.
