— J’étais sûr que tu allais dire ça, soupira Angalo.

— C’est une simple question de bon sens.

— Je me demande si on peut regarder par les fenêtres ? dit Angalo. J’aimerais bien voir à quelle vitesse on va. Les arbres et tout ça en train de filer à toute vitesse, hein ?

— Minute, intervint Masklinn avant que la situation ne dégénère. On va patienter un peu, d’accord ? Le temps de se calmer. De se reposer. Et ensuite, peut-être qu’on ira chercher de quoi manger.

Ils se rassirent. Enfin, ici au moins, il faisait bon et sec. Au temps où il vivait dans son terrier de l’accotement, Masklinn avait bien trop souvent dormi dans le froid et l’humidité pour laisser filer une chance de profiter de la chaleur et du sec.

Il s’assoupit…


Prendre son essor…

Son… essor…

Qui sait ? Il y avait peut-être des centaines de gnomes qui vivaient dans les aéroplanes, de la même façon que d’autres avaient vécu dans le Grand Magasin. Peut-être menaient-ils leur vie quelque part sous la moquette du plancher, tout en se laissant transporter vers tous ces lieux dont Masklinn avait lu le nom sur la seule carte que les gnomes aient jamais trouvée. Elle figurait dans un agenda de poche, et les noms de pays lointains inscrits sur sa surface sonnaient de façon magique – Afrique, Australie, Chine, Équateur, made in Hong Kong, Islande…

Peut-être qu’ils n’avaient jamais regardé par la fenêtre. Peut-être qu’ils n’avaient jamais imaginé qu’ils se déplaçaient.

Était-ce ce que Grimma voulait dire en racontant ses histoires de grenouilles qui vivent dans les fleurs ? se demanda-t-il. Elle avait lu ça dans un livre. On pouvait passer toute son existence dans un seul endroit étriqué et y voir un Univers entier. Le problème, c’est que Masklinn n’était pas de très bonne humeur, à l’époque. Il n’avait pas voulu écouter ce qu’elle lui disait.



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