Tom adora ce nouvel ange descendu du ciel jusqu’au moment où il se vit découvert. Alors, il feignit de ne pas s’apercevoir de la présence de la fille et, recourant à toutes sortes de gamineries ridicules, se mit à «faire le paon» pour forcer son admiration. Il conserva cette attitude grotesque pendant un certain temps encore, mais, au beau milieu d’un périlleux exercice d’acrobatie, il lança un regard de côté et s’aperçut que la fillette lui tournait le dos et se dirigeait vers la maison. Tom s’approcha de la clôture du jardin et se pencha par-dessus dans l’espoir qu’elle ne rentrerait pas tout de suite. Elle s’arrêta sur les marches du perron, puis se remit à monter; elle allait franchir le seuil. Tom poussa un gros soupir et son visage s’illumina aussitôt car, avant de disparaître, la petite lui lança une pensée par-dessus la clôture.

Tom courut, s’arrêta à quelques centimètres de la fleur et, les mains en écran devant les yeux, parcourut la route du regard comme s’il avait remarqué quelque chose d’intéressant. Ensuite, il ramassa un long brin de paille, le posa en équilibre sur son nez et, tout en se livrant à ce difficile exercice, il se rapprocha insensiblement de la pensée. Enfin il couvrit la fleur de son pied nu, son orteil souple s’en empara, et Tom se sauva à cloche-pied avec son trésor. Dès qu’il eut échappé aux yeux indiscrets, il enfouit la pensée dans sa veste tout près du cœur à moins que ce ne fût près de son estomac: ses notions d’anatomie n’étaient pas très précises.

Il retourna se pavaner devant la clôture du jardin et s’y attarda jusqu’au crépuscule, mais la fille ne daigna pas se montrer. Pour se consoler, Tom se dit qu’elle était peut-être restée cachée derrière une fenêtre et qu’elle n’avait perdu aucun de ses mouvements. En désespoir de cause, il reprit le chemin du logis, la tête farcie de visions enchanteresses.



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