Au cours du dîner, il se montra si gai que sa tante se demanda ce qui avait bien pu lui arriver. Il se fit gronder pour avoir lancé des mottes de terre à Sid mais il n’y prit pas garde. Il essaya de voler du sucre sous les yeux mêmes de sa tante, ce qui lui valut une bonne tape sur les doigts.

«Tante, dit-il, tu ne bats pas Sid quand il prend du sucre.

– Sid n’est pas aussi empoisonnant que toi. Si je ne t’avais pas à l’œil, tu mangerais tout le sucre.»

Quelques instants plus tard, la vieille dame se rendit à la cuisine. Fier de son impunité, Sid allongea la main pour prendre le sucrier non sans décocher à Tom un regard conquérant qui exaspéra ce dernier. Mais les doigts de Sid glissèrent. Le sucrier tomba à terre et se cassa en mille morceaux. Cet accident plongea Tom dans un tel ravissement qu’il réussit à tenir sa langue et observa un mutisme absolu. Il se jura de ne rien dire lorsque sa tante arriverait et de ne pas bouger jusqu’à ce qu’elle demandât qui était le coupable. Alors il lui apprendrait la vérité et rien ne serait plus doux que de voir le chouchou de tante Polly, le garçon modèle pris en flagrant délit. Il exultait à tel point qu’il eut bien du mal à se contenir lorsque la vieille dame revint et contempla le désastre, les yeux chargés d’éclairs menaçants. «Ça va y être!», se dit-il, mais le moment venu il était déjà étalé de tout son long sur le plancher et la main puissante de sa tante se levait pour frapper un nouveau coup quand il s’écria:

«Arrête! Qu’est-ce que j’ai fait, encore? C’est Sid qui a cassé le sucrier!»

Tante Polly demeura perplexe et Tom la regarda d’un air suppliant, mais elle se contenta de déclarer:

«Hum! ce sera pour les fois où tu n’as pas été puni quand tu le méritais.»

Tante Polly s’en voulut ensuite de son attitude et elle faillit manifester son repentir par quelques mots affectueux.



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