Cependant elle estima que ce serait du même coup reconnaître ses torts, chose que la discipline lui interdisait. Elle prit donc le parti de se taire et, le cœur rempli de doute, continua de vaquer aux soins du ménage. Tom s’en alla bouder dans un coin et donner libre cours à son amertume. Il savait qu’au fond d’elle-même, sa tante regrettait son geste, mais il était fermement décidé à repousser toutes ses avances. Il sentait sur lui de temps en temps un regard suppliant voilé de larmes, mais il restait de marbre. Il se représentait sur son lit de mort. Sa tante, penchée sur lui, implorait un mot de pardon, mais lui, inflexible, se tournait vers le mur et rendait l’âme sans prononcer une parole. Quel effet est-ce que ça lui ferait?

Puis il imaginait un homme ramenant son cadavre à la maison. On l’avait repêché dans la rivière. Ses boucles étaient collées à son front et ses pauvres mains immobiles pour toujours. Son cœur si meurtri avait cessé de battre. Tante Polly se jetterait sur lui. Ses larmes ruisselleraient comme des gouttes de pluie. Elle demanderait au Seigneur de lui rendre son petit garçon et promettrait de ne plus jamais le punir à tort. Mais il resterait là, raide et froid devant elle… pauvre petit martyr dont les maux avaient pris fin. Son imagination s’échauffait, ses rêves revêtaient un caractère si dramatique, qu’il avait peine à avaler sa salive et qu’il menaçait d’étouffer. Ses yeux s’emplissaient de larmes qui débordaient chaque fois qu’il battaient des paupières et coulaient le long de son nez. Il se complaisait dans sa douleur. Elle lui paraissait trop sacrée pour tolérer toute gaieté superficielle, toute joie intempestive. Et bientôt, lorsque sa cousine Mary arriva en dansant de joie à l’idée de se retrouver sous le toit maternel après huit jours d’absence, Tom se leva et, toujours enveloppé de nuées sombres, sortit par une porte tandis que Mary entrait par une autre, semblant apporter avec elle le soleil et les chansons.



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