— Ils sont tous très embêtés, risqua-t-elle.

Masklinn eut un rire qui sonnait creux.

— Oh oui, je m’en doute. Je les ai entendus : Ramène-moi donc un mégot, gamin, j’ai plus de tabac, et On ne mange plus de poisson, ces temps-ci, tu pourrais aller faire un petit tour à la rivière et Moi, moi, moi, vous autres les jeunes, vous ne pensez qu’à vous ; de mon temps…

— Ils font de leur mieux, répondit Grimma avec un soupir. Mais ils ne comprennent pas la situation. Nous étions des centaines quand ils étaient jeunes.

— Ça va prendre des jours pour faire repartir ce feu, répondit Masklinn.

Ils possédaient un verre de lunettes ; il ne fonctionnait que par les journées très ensoleillées.

Masklinn tapotait distraitement des pieds dans la boue.

— J’en ai assez, finit-il par dire d’une voix calme. Je m’en vais.

— Mais nous avons besoin de toi !

— Moi aussi, j’ai besoin de moi. Franchement, tu crois que c’est une vie, pour moi ?

— Mais si tu t’en vas, ils vont mourir !

— Ils mourront, même si je reste.

— C’est méchant de dire ça.

— Mais c’est la vérité. Tout le monde mourra un jour. Même nous. Regarde-toi. Tu passes ton temps à faire la lessive, le ménage, la cuisine et à leur courir après. Et tu as presque trois ans ! Il serait temps que tu vives ta vie.

— Mémé Morkie s’est bien occupée de moi quand j’étais petite, répondit Grimma comme pour se justifier. Toi aussi, tu seras vieux, un jour.

— Tu crois ? Et qui s’usera les doigts à travailler pour moi ?

Masklinn sentait la colère monter en lui, de façon irrépressible. Il avait raison, il en était persuadé. Mais il se sentait quand même en tort, ce qui rendait sa position détestable.



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