Il avait longtemps réfléchi à tout cela et ses ruminations le laissaient toujours furieux, mal à l’aise. Les malins, les téméraires, les braves, tous étaient partis depuis longtemps, d’une façon ou d’une autre. Bon vieux Masklinn, avaient-ils dit, solide gaillard, surveille les anciens, on sera de retour avant que tu aies eu le temps de dire ouf, dès qu’on aura trouvé un endroit meilleur. Et chaque fois que ce bon vieux Masklinn y repensait, il leur en voulait d’être partis. Il s’en voulait d’être resté. Il cédait toujours, voilà son problème. Il le savait bien. En dépit de toutes ses belles résolutions, il optait toujours pour la facilité.

Grimma le regardait d’un air furibond.

Il haussa les épaules.

— D’accord, d’accord, ils viendront avec nous, dit-il.

— Ils ne voudront pas, tu le sais. Ils sont trop vieux. Ils ont tous grandi par ici. Ils s’y plaisent.

— Ils s’y plaisent parce qu’on est là tous les deux à leur service, marmonna Masklinn.

Ils abandonnèrent le sujet. Au menu, ce soir-là, il y avait des noisettes. Celle de Masklinn était rongée par un ver.

Après manger, il sortit et s’assit au sommet du talus, le menton dans les mains, et contempla encore une fois la voie rapide.

C’était un fleuve de lueurs blanches et rouges. À l’intérieur de ces caisses, des humains menaient les affaires mystérieuses qui peuvent bien occuper des humains. En tout cas, ils étaient perpétuellement pressés de s’y adonner.

Masklinn était prêt à parier qu’ils ne mangeaient pas de rat, eux. Les humains avaient vraiment la belle vie. Ils étaient gros et lents, mais ils n’étaient pas obligés de vivre dans des terriers humides, ou d’attendre que de vieilles gâteuses laissent le feu s’éteindre. Ils n’avaient jamais de vers dans leur thé. Ils allaient où bon leur semblait, ils faisaient ce qui leur chantait. Le monde était à eux.



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