— Je crois que je ferais bien d’aller voir.

Dehors, retentirent des coups de sifflet et le lointain tonnerre de conversations humaines. Les lumières s’éteignirent. On entendit un fracas, suivi par un claquement, et le silence régna.

Au bout d’un moment, l’arrière d’un des camions silencieux fut le théâtre d’un léger remue-ménage. Une longueur de cordage pas plus épaisse que du fil tomba jusqu’au sol maculé d’huile.

Une minute s’écoula. Puis, descendant en rappel avec beaucoup de précautions, une petite silhouette massive descendit et se laissa tomber sur le sol. Elle resta immobile, solide comme un roc pendant quelques secondes après son atterrissage, ne bougeant que ses yeux.

Elle n’était pas complètement humaine. Le nombre de bras et de jambes correspondait bien à la norme, les options, genre yeux et autres, se situaient aux emplacements traditionnels, mais la silhouette vêtue de peaux de souris qui se mouvait maintenant sur le sol noyé d’ombre ressemblait à une armoire normande à pattes. Les gnomes sont si râblés qu’un lutteur de sumo paraîtrait rachitique en comparaison. À la démarche de celui-ci, on avait l’impression qu’il était plus coriace que du vieux cuir.

Masklinn était en fait littéralement mort de peur. Il ne reconnaissait rien autour de lui, à part l’odeur des sens, qu’il avait appris à associer à la présence d’humains et surtout à celle de camions (Torritt lui avait expliqué avec hauteur que les sens étaient une eau inflammable que buvaient les camions ; c’est à ce moment-là que Masklinn avait compris que le vieux gnome avait complètement perdu les pédales. C’était une évidence. L’eau ne brûle pas).

L’endroit était incompréhensible. D’immenses boîtes se dressaient tout autour de lui. Il y avait de grands morceaux de métal qui semblaient fabriqués. Le ciel humain, sans erreur possible. Les humains raffolaient du métal.

Masklinn contourna un mégot avec prudence. Il faudrait penser à le ramener pour Torritt.



18 из 178