
— Oui, d’accord, répondit Masklinn.
Il se remit debout sur le plancher mouvant et alla jusqu’à la bâche. Là, il s’arrêta un instant pour prendre son courage à deux mains, puis il passa la tête par l’interstice.
Il ne vit rien, que des formes floues et des lumières, que baignaient des odeurs bizarres.
Rien ne se passait comme il aurait fallu. L’idée avait semblé tellement raisonnable, en cette nuit d’il y a une semaine. Tout plutôt que de rester sur place. L’évidence était alors patente. Cependant… curieux, quand même. Les anciens ne se gênaient pas pour ronchonner quand les choses n’allaient pas selon leur goût ; pourtant, en ce moment où tout semblait mal engagé, ils paraissaient presque guillerets.
Les gens sont beaucoup plus compliqués qu’on ne le croit. Peut-être le Truc était-il capable d’énoncer ce genre de pensée profonde, quand on savait l’interroger.
Le camion tourna, poursuivit sa course en descendant dans les ténèbres et soudain, sans crier gare, stoppa. Masklinn se retrouva en train de contempler un immense espace éclairé, rempli de camions et d’humains…
Il rentra prestement la tête à couvert et fila retrouver Torritt.
— Euh…
— Oui, mon p’tit gars ?
— Le Ciel. Les humains y vont, aussi ?
Le vieux gnome secoua la tête.
— Les Cieux, dit-il. Y en a pas qu’un, tu comprends ? Et seuls les gnomes y vont.
— Tu en es bien sûr ?
— Oh, que oui, sourit Torritt, radieux. Oh, certes, ils ont p’têt’ leurs cieux à eux, j’en jurerais pas. Mais c’est pas les mêmes que les nôtres, ça fait pas un pli.
— Ah bon.
Torritt considéra à nouveau le Truc.
— On s’est arrêtés, remarqua-t-il. Où on est ?
Masklinn plongea son regard las dans les ténèbres.
