
— À quelqu’un qui a encore l’âge de se prendre une bonne fessée, dit Mémé Morkie. Si j’étais vraiment comme vous, freluquet, je me surveillerais davantage. Des têtes pointues, je vous demande un peu !
La bouche d’Angalo s’ouvrit et se referma en silence. Puis il déclara :
— C’est stupéfiant ! Enfin, je veux dire… Dorcas disait que même si la vie parvenait à se développer en dehors du Grand Magasin, elle ne ressemblerait à rien de ce que nous connaissons ! Je vous en prie, je vous en prie, veuillez me suivre.
Tandis qu’Angalo se hâtait vers l’autre bout du nid de camions, ils échangèrent un regard, avant de se décider à le suivre. Ils n’avaient guère le choix.
— Je me souviens du jour où ton père est resté trop longtemps au soleil. Il débitait des fariboles, exactement comme celui-ci, chuchota Mémé Morkie.
Torritt sembla arriver à une décision. Ils attendirent poliment de la connaître.
— Je me dis… Je me dis qu’on devrait manger son rat.
— Oh, toi, tais-toi, jeta Mémé par pur réflexe.
— Ben ? C’est moi, le chef. T’as pas le droit de t’adresser comme ça au chef, geignit Torritt.
— Mais oui, bien sûr que c’est toi, le chef, aboya Mémé Morkie. Qui a dit le contraire ? J’ai dit le contraire ? Non. C’est toi, le chef.
— Ah ! fit Torritt en reniflant.
— Et maintenant, tu te tais.
Masklinn alla taper sur l’épaule d’Angalo.
— Mais où est-ce qu’on est ?
Angalo s’arrêta devant le mur qui s’élevait à une altitude vertigineuse.
— Vous ne le savez donc pas ?
— On se disait… en fait, on espérait seulement que les camions nous conduiraient… qu’ils nous conduiraient dans un endroit agréable à vivre, expliqua Grimma.
— Eh bien, vous ne vous êtes pas trompés, se rengorgea Angalo. Il n’y a pas de meilleur endroit au monde. Vous êtes dans le Grand Magasin !
