Il avait déjà fait. Oh, trois ou quatre fois. Il plongea sous la lourde bâche et dans l’obscurité qui s’étendait au-delà, halant le filin et l’arrimant le plus solidement possible à une corde aussi large que son bras.

Puis il regagna le bord en rampant et, heureusement, Grimma était bien en train de cornaquer les anciens à travers l’esplanade de gravier. Il pouvait les entendre se plaindre des flaques.

Masklinn trépignait d’impatience.

Il sembla que des heures s’écoulaient. Il leur avait tout expliqué des millions de fois, mais quand ils étaient jeunes, on n’avait jamais chargé les gens à l’arrière de camions et ils ne voyaient pas pour quelle raison ils auraient dû commencer. La vieille Mémé Morkie insista pour que tous les hommes détournent le regard afin, par exemple, de ne pas lorgner sous ses jupes, et le vieux Torritt geignit tant et si bien qu’on dut le faire redescendre pour que Grimma lui bande les yeux. La situation s’améliora un peu quand Masklinn eut fait monter quelques personnes qui purent le seconder avec la corde, mais le temps commençait à manquer.

Il fit grimper Grimma en dernier. Elle était très légère. Tout le monde pesait peu, à vrai dire. Ce n’était pas tous les jours qu’on mangeait du rat.

Étonnant. Le groupe entier était à bord. Pendant la durée de l’opération, Masklinn avait gardé l’oreille dressée et guetté un bruit de pas sur le gravier, le claquement de la portière du chauffeur. Il n’avait rien entendu.

— Parfait, conclut-il en tremblant encore de l’effort fourni. C’est réglé. Maintenant, si on ail…

— J’ai fait tomber le Truc, déclara le vieux Torritt. Le Truc. J’l’ai laissé tomber, tu vois donc pas ? Y m’a échappé quand j’étais à côté de la roue, pendant que Grimma me bandait les yeux. Allez, va le chercher, gamin.



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