Masklinn le contempla avec horreur. Puis il sortit la tête de sous la bâche et, hé oui, il le vit, tout en bas. Un minuscule cube noir par terre.

Le Truc.

Il reposait dans une flaque, mais cela ne l’endommagerait pas. Rien ne pouvait abîmer le Truc. Ça ne brûlait même pas.

Soudain, il entendit un bruit de pas lents sur le gravier.

— On n’a pas le temps, souffla-t-il. On n’a vraiment plus le temps.

— On peut pas partir sans, protesta Grimma.

— Mais si, bien sûr. C’est juste un… un truc. On n’aura pas besoin de cette bêtise, là où on va.

Il se sentit coupable dès qu’il eut prononcé ces mots, étonné que ses lèvres aient osé proférer de telles paroles. Grimma paraissait horrifiée. Mémé Morkie se redressa de toute sa taille, en tremblotant.

— Puisses-tu être pardonné ! aboya-t-elle. Quelle horreur, de dire ça ! Allez, dis-lui, Torritt !

Elle décocha à Torritt un coup de coude dans les côtes.

— Si on emporte pas le Truc, eh ben, moi, j’pars pas non plus, bougonna Torritt. C’est pas…

— T’entends ? C’est ton chef qui te parle, coupa Mémé Morkie. Alors, fais ce qu’on te dit. Le laisser derrière nous, non mais des fois ! Ce serait honteux. Ça se fait pas, des choses comme ça. Alors descends, va le chercher tout de suite.

Masklinn regarda les flaques de boue sans mot dire, puis, avec un élan de désespéré, il jeta le filin par-dessus bord et s’y laissa glisser.

La pluie avait redoublé et un soupçon de grésil s’y mêlait. Le vent le gifla durant sa descente à flanc de pneu et lors de son atterrissage brutal dans la flaque. Il tendit la main, ramassa le Truc…

Et le camion commença à s’ébranler.

D’abord, ce fut un rugissement, si puissant qu’il quittait le domaine de l’audible pour devenir tangible, comme un mur de bruit. Puis il y eut une décharge d’air nauséabond et une vibration fit trembler le sol.



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