— Je sais de quoi Spacetown a l’air, réplique Baley.

— J’aime assez la vue que l’on en a d’ici, reprit son chef. On peut juste la distinguer dans l’espace compris entre les deux parties du quartier de Brunswick. C’est une vaste agglomération de dômes relativement bas. Ce qui nous différencie de nos voisins, c’est précisément que nos immeubles sont élevés et serrés les uns contre les autres. Chez eux, au contraire, chaque famille a sa propre maisons dont le toit est arrondi, et, entre chacun de ces dômes, il y a du terrain. Avez-vous jamais eu l’occasion de vous entretenir avec un des Spaciens, Lije ?

— Quelquefois, oui, répondit Baley, patiemment. Il y a un mois environ, j’ai parlé à l’un d’eux, ici même.

— En effet, je m’en souviens maintenant. Si je me laissais aller à philosopher sur eux et nous, je dirais que nous avons des conceptions différentes de l’existence.

Baley commençait à se sentir un peu mal à l’aise ; il savait que plus le commissaire prenait de précautions pour exposer une affaire, plus celle-ci promettait d’être grave. Toutefois, jouant le jeu, il répondit :

— D’accord. Mais quoi de surprenant à cela ? Vous ne pouvez tout de même pas éparpiller huit millions de personnes dans un petit espace, en affectant à chaque famille une maisonnette ! Les gens de Spacetown ont de la place : tant mieux pour eux ! Il n’y a qu’à les laisser vivre comme bon leur semble !

Le Commissaire revint s’asseoir à son bureau, et dévisagea sans sourciller son collaborateur. Celui-ci fut gêné par les lunettes d’Enderby, qui déformaient un peu son regard.

— Tout le monde n’admet pas avec autant de tolérance que vous, dit-il, les différences de culture dont vous venez de parler. Ce que je dis là s’applique autant à New York qu’à Spacetown.

— Bon ! fit Baley. Et qu’est-ce que ça fait ?

— Ca fait qu’il y a trois jours un Spacien est mort.



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