
Il y arrivait quand même ! La commissure des fines lèvres de Baley se plissa très légèrement, sans pour cela modifier l’expression naturellement triste de son visage.
— C’est vraiment dommage, dit-il. Il a dû attraper un microbe, j’imagine, ou quelque chose de contagieux… ou prendre froid, peut-être !
Le commissaire parut choqué d’une telle supposition :
— Qu’allez-vous donc chercher ? fit-il.
Baley ne prit pas la peine de développer plus avant son hypothèse. La précision avec laquelle les Spaciens avaient réussi à éliminer toute maladie de leur communauté était bien connue ; et l’on savait mieux encore avec quel soin ils évitaient, autant que possible, les contacts avec les habitants de la Terre, tous plus ou moins porteurs de germes contagieux. Au surplus, ce n’était certes pas le moment de se montrer sarcastique avec le commissaire. Aussi Baley répondit-il tranquillement :
— Oh ! j’ai dit ça sans intention particulière. Alors, de quoi est-il mort ? fit-il en regardant par la fenêtre.
— Il est mort d’une charge d’explosif qui lui a fait sauter la poitrine.
Baley ne se retourna pas, mais son dos se raidit, et, à son tour, il répliqua :
— Qu’est-ce que vous me racontez là ?
— Je vous raconte un meurtre, dit doucement le commissaire. Et vous, un détective, vous savez mieux que personne ce que c’est !
Cette fois, Baley se retourna.
— Mais c’est incroyable ! Un Spacien ? Et il y a trois jours de cela ?
— Oui.
— Mais qui a pu faire ça, et comment ?
— Les Spaciens disent que c’est un Terrien.
— Impossible !
— Pourquoi pas ? Vous n’aimez pas les Spaciens, et moi non plus. Qui sur la Terre les encaisse ? Personne. Quelqu’un les aura détestés un peu trop, voilà tout !
— Je l’admets. Cependant…
— Il y a eu l’incendie des usines de Los Angeles. Il y a eu la destruction des R de Berlin. Il y a eu les émeutes de Shanghai…
