
— C’est exact.
— Tout ça indique un mécontentement croissant, qui peut fort bien avoir donné naissance à une sorte d’organisation secrète.
— Je ne vous suis pas, monsieur le commissaire, dit Baley. Seriez-vous par hasard en train de me mettre à l’épreuve, pour quelque raison que j’ignore ?
— En voilà une idée ! s’écria Enderby, sincèrement déconcerté.
Mais Baley reprit, ne le quittant pas des yeux :
— Ainsi donc, il y a trois jours un Spacien a été assassiné, et ses compatriotes pensent que le meurtrier est un Terrien. Jusqu’à ce moment précis, fit-il en tapant du doigt sur le bureau, rien n’a transpiré de ce crime. C’est bien cela, n’est-ce pas ? Eh bien, monsieur le commissaire, cette histoire est invraisemblable ! Ca, alors ! Mais si c’était réellement vrai, une affaire comme celle-là entraînerait la disparition de New York de la planète : elle nous ferait tous sauter !
— Non, Lije, répliqua le commissaire en hochant la tête. Ce n’est pas si simple que cela. Ecoutez-moi. Voilà trois jours que je n’arrête pas de circuler. J’ai eu de longs entretiens avec le maire, je suis allé moi-même à Spacetown, j’ai été à Washington conférer avec le Service des recherches terrestres.
— Ah ! Et qu’est-ce qu’on en dit, au S.R.T. ?
— Ils disent que c’est notre affaire… Elle s’est produite à l’intérieur des limites de la ville, et Spacetown dépend de la juridiction de New York.
— Sans doute, mais avec des droits d’extra-territorialité.
— Je sais, et j’y arrive, précisément.
Le regard d’Enderby évita celui, très perçant, de Baley. On eût dit que soudain les rôles s’étaient renversés, et que le commissaire était devenu le subordonné du détective. Quant à celui-ci, il semblait, par son attitude, trouver le fait tout naturel.
— Eh bien ! dit-il tranquillement, les Spaciens n’ont qu’à se débrouiller !
