

Virginie Despentes
Les chiennes savantes
I love you Jane, probablement forever.
À Florent.
There's a place I try to go
So far from here
I close my eyes but I can't
Can't disappear…
ST. MIKE M.
MERCREDI 6 DÉCEMBRE
16 H 00
L'air dans le cagibi était empreint d'une chaleur sale.
Affalé sous ma chaise, Macéo, le chien de Laure qu'elle nous avait confié le temps d'un rendez-vous, suffoquait calmement. Épaisse langue rosé et blanc, frémissante, toute sortie. C'était une bête énorme, à la robe flamboyante et aux grands yeux stupides et vagues.
Cathy dessinait des fleurs à pétales gigantesques sur la dernière page de son carnet d'adresses.
De la cabine adjacente, Roberta glapissait:
– Dis donc, vieux cochon, qu'est-ce que tu me racontes là? Qu'est-ce que tu ferais avec ma petite culotte?
Avec sa voix de fille, dissonante, trop aiguë et faussement indignée.
On entendait le type s'échauffer, marmonner des choses incompréhensibles.
Dos tourné à la porte, je faisais un mélange sur un magazine ouvert. Comme ça, si Gino entrait à l'improviste, j'avais le temps de refermer le canard et de prendre l'air de rien. L'air de la fille pas chiante qui attend qu'on la sonne pour faire son tour de piste.
Gino tenait l'entrée de L'Endo, le peep-show où je travaillais cet hiver-là. Ex-toxico, il ne ratait pas une occasion de la ramener sur le sujet: «Les drogues douces, c'est vraiment trop con, je vois pas à quoi ça sert, franchement, comprends pas, ça abrutit à peine, ça fatigue et c'est tout, comprends pas.» Il enchaînait généralement sur un rappel de son parcours d'héroïnomane, nostalgie des vraies drogues, celles toutes teintées de romantisme et de gloire. Gino avait le blabla facile, sans être beau parleur.
