À côté de ça, c'était un gaillard bien bâti, honnête et travailleur. Jamais drôle, aucun sujet qui ne mérite un froncement de sourcil et une sentence définitive. Pointilleux sur la morale, comme on en trouve beaucoup dans la prostitution.


J'en étais à écraser les morceaux de tabac trop gros pour le mélange quand le haut-parleur a réclamé une fille en piste. J'ai tourné la tête vers Cathy, attendu qu'elle lève les yeux de son croquis, puis j'ai montré mon mélange du menton:

– Ça m'arrange pas trop d'y aller.

Elle s'est levée de mauvaise grâce, mais en se hâtant car le client n'attendait pas.


Je balayais précautionneusement le mélange avec la paume de la main pour tout balancer sur le collage, j'ai entendu des voix dans l'entrée:

– Ciao, ciao, Gino! Tu as vu ce temps dehors? Quel soleil! Ça te réchauffe le bonhomme ça, non?

J'ai jeté un coup d'œil à la pendule, pas mécontente que l'heure de la relève arrive sans que je l'aie guettée.

Stef a précédé Lola au cagibi, m'a tancée d'un «bonjour» plein de reproches. Elle n'avait rien à me reprocher, mais c'était son mode d'expression.

Les deux filles apparaissaient rarement l'une sans l'autre. Depuis qu'elles travaillaient là, je ne les avais jamais vues se taper sur les nerfs, elles avaient l'entente sereine et à toute épreuve. La loi des contrastes, ou quelque chose comme ça…

Quelques semaines avant qu'elles se fassent embaucher à L'Endo, j'étais passée voir un type qui tenait un peep-show rue Saint-Denis parce qu'on m'avait dit qu'il vendait des rapides. Il était absent; son remplaçant était cordial, très fier de son bordel; il avait insisté:

– Tu devrais jeter un œil sur la piste, on vient de tout refaire, et tu me diras des nouvelles des filles, vas-y.



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