La nouvelle déco de sa piste était consternante, on se serait cru dans un cabinet de dentiste high-tech. Mais les danseuses étaient bonnes, rien à redire. Stef et Lola m'avaient fait grosse impression et j'avais été vaguement décontenancée de les retrouver à Lyon.

Je n'avais fait aucun commentaire, parce que Stef était trop antipathique. Et que ça ne me regardait pas.

Le hasard faisait quand même furieusement les choses, parce que, ce même jour rue Saint-Denis, j'étais allée chercher un café-cognac pour le taulier au café d'à côté. Et la serveuse m'avait marquée, à cause du sourire défoncé. Deux jours après l'arrivée de Stef et Lola, je la croisais dans Lyon. Je n'en avais tiré aucune conclusion, je n'étais pas femme à anticiper les embrouilles.

Ce jour-là, Lola avait sa voix rauque très groove de quand elle était bien attaquée. À peine arrivée, elle a brandi une bouteille de Four Roses:

– Paraît qu'il n'y a personne aujourd'hui? Ça tombe bien, regarde ce que je ramène!

Voix nerveuse, sèche et systématiquement réprobatrice de Stef:

– Gino vient de te prévenir que Roberta était dans la n° 4, tu crois pas que tu pourrais parler plus doucement?

Lola, plus doucement, mais pas très ennuyée:

– Mes plus plates excuses, choupette, j'ai encore fait un black-out…

Et elle s'est penchée sur moi pour m'embrasser, ses joues étaient toujours brûlantes.

Les deux filles portaient de gros pulls sur des treillis informes. Elles endossaient toujours le même genre de sapes paramilitaires dans le civil. Ça donnait à Stef d'inquiétantes allures de colonel et à Lola une touche de gouine dépressive. Elles étaient brillantes pour trouver des fringues de patates.

C'était surchauffé à l'intérieur puisqu'on était tout le temps moitié à poil et elles se sont immédiatement déshabillées, debout devant leurs casiers.



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