
Nous avons grimpé autant que possible par le chemin de contrebandiers. Lorsque la Daimler a refusé de monter plus haut, nous l’avons dissimulée dans un fourré et avons continué à pied sur quatre cents mètres.
La piste, dont on avait sacrifié le confort à la discrétion, était escarpée. Abrupte, comme a dit Hitch. Il avait des chaussures de randonnée dans les sacoches de sa Daimler, mais moi qui ne pouvais compter que sur mes baskets, je craignais les serpents et les insectes.
En restant sur la piste jusqu’au bout, nous aurions forcément abouti à une cache de drogue, à une usine de raffinage, voire à la frontière birmane, mais vingt minutes nous ont suffi pour nous retrouver aussi près que nous le voulions – et que nous le pouvions – du monument.
Nous nous en sommes approchés à moins d’un kilomètre.
D’autres avant nous l’avaient vu d’aussi près. Après tout, il bloquait une route depuis qu’il était arrivé, c’est-à-dire depuis plus de douze heures, si toutefois on devait bien à son apparition ce bruit de « jet de l’aéronavale » entendu la nuit précédente.
Mais nous étions dans les premiers.
Hitch a stoppé près des arbres tombés. La forêt – surtout des pins, avec quelques bambous sauvages – s’était effondrée à cet endroit en un motif radial autour de la base du monument, aussi des décombres obstruaient-ils le passage. Les pins devaient visiblement leur chute à une espèce d’onde de pression, mais ils n’avaient pas brûlé. Bien au contraire. Les feuilles des bambous déracinés avaient gardé leur vert et commençaient tout juste à flétrir dans la chaleur de l’après-midi. Tout – les arbres, la piste et même le sol – était d’une fraîcheur indéniable. Voire froid, comme on s’en rendait compte en plongeant la main dans la végétation. C’est Hitch qui a fait l’expérience. Pour ma part, j’avais du mal à détacher les yeux du monument.
