Je ne sais pas s’il m’a entendu, tant il s’absorbait dans l’examen du monument au loin – je vais appeler cela un monument pour l’instant.

Nous le voyions maintenant plus complètement. Il chevauchait un replat supérieur d’une colline, partiellement dissimulé par un anneau de brume. Je manquais d’un point de comparaison pour évaluer sa hauteur, que j’ai estimée supérieure à cent mètres.

Ne sachant à ce moment-là rien sur lui, nous aurions pu croire qu’il s’agissait d’un vaisseau spatial ou d’une arme, mais il se trouve que j’ai pensé à une espèce de monument dès que je l’ai vu nettement. Imaginez le Washington Monument

Puis de la brume est montée et nous l’a masqué.

L’air maussade, deux types en uniforme se sont avancés vers nous d’une démarche souple. « J’ai bien l’impression », a annoncé Hitch avec sa pointe d’accent du Sud-Ouest qui, en l’occurrence, semblait un peu trop traînant, « qu’on va bientôt voir débarquer ces enfoirés des États-Unis et de l’ONU. Ainsi qu’un bon paquet de ces enculés du BPP. » Déjà, un hélicoptère dépourvu de signes distinctifs mais indubitablement militaire volait en rond autour de la crête, ses pales rabattant de l’air qui perturbait la brume au sol.

« Donc, on fait demi-tour », ai-je dit.

Il a pris une photo et rangé l’appareil. « Pas besoin. On va contourner la colline par un chemin de contrebandiers très peu connu qui prend à moins d’un kilomètre derrière nous. » Il a souri à nouveau.

Je pense lui avoir rendu son sourire. J’étais de plus en plus réticent à continuer, mais tel que je connaissais Hitch, il n’en démordrait pas. Et me retrouver seul à ce checkpoint sans moyen de transport ne me disait rien du tout. Hitch a fait demi-tour et nous avons laissé les flics thaïs admirer notre pot d’échappement.

Il devait être deux ou trois heures de l’après-midi, à peu près l’heure à laquelle du pus mêlé de sang s’est mis à suinter de l’oreille gauche de Kaitlin.



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