– J’ai entendu parler de vous, monsieur Holmes. J’en ai entendu parler par le commandant Prendergast que vous avez sauvé dans le scandale du Tankerville Club.


– Ah! c’est vrai. On l’avait à tort accusé de tricher aux cartes.


– Il dit que vous êtes capable de résoudre n’importe quel problème.


– C’est trop dire.


– Que vous n’êtes jamais battu.


– J’ai été battu quatre fois – trois fois par des hommes et une fois par une femme.


– Mais qu’est-ce que cela, comparé au nombre de vos succès…


– C’est vrai que d’une façon générale, j’ai réussi.


– Vous pouvez donc réussir pour moi.


– Je vous en prie, approchez votre chaise du feu et veuillez me donner quelques détails au sujet de votre affaire.


– Ce n’est pas une affaire ordinaire.


– Aucune de celles qu’on m’amène ne l’est. Je suis la suprême cour d’appel.


– Et pourtant je me demande, monsieur, si dans toute votre carrière, vous avez jamais eu l’occasion d’entendre le récit d’une suite d’événements aussi mystérieux et inexplicables que ceux qui se sont produits dans ma famille.


– Vous me passionnez, dit Holmes. Je vous en prie, donnez-moi depuis le début les faits essentiels et pour les détails je pourrai ensuite vous questionner sur les points qui me sembleront les plus importants.


Le jeune homme approcha sa chaise du feu et allongea vers la flamme ses semelles détrempées.


– Je m’appelle, dit-il, John Openshaw, mais ma personne n’a, si tant est que j’y comprenne quoi que ce soit, rien à voir avec cette terrible affaire. Il s’agit d’une chose héréditaire; aussi, afin de vous donner une idée des faits, faut-il que je remonte tout au début.


«Il faut que vous sachiez que mon grand-père avait deux fils – mon oncle, Elias, et mon père, Joseph. Mon père avait à Coventry une petite usine qu’il agrandit à l’époque de l’invention de la bicyclette. Il détenait le brevet du pneu increvable Openshaw, et son affaire prospéra si bien qu’il put la vendre et se retirer avec une belle aisance.



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