
Ce jour-là, dans la clairière, le Grand Cruc avait gagné.
Il avait croqué Iris.
Il allait croquer Joséphine.
Joséphine suivait toujours Iris.
— C’est ça, Jo, Shirley la harcelait au téléphone,c’est ça, tu veux aller la rejoindre… Tu vas faire le service minimum, vivrepour Zoé et pour Hortense, payer leurs études, vivre comme une bonne petitemaman et t’interdire tout le reste ! tu n’as pas le droit d’être une femmepuisque celle qui était « la » femme est partie… Tu tel’interdis ! Eh bien, moi, je suis ton amie et je ne suis pas d’accord etje te…
Joséphine raccrochait.
Shirley rappelait et c’était toujours les mêmes mots quisortaient de sa bouche en colère, Mais je ne comprends pas, juste après, aprèsla mort d’Iris, tu as dormi avec lui, il a été là pour toi, tu as été là pourlui, alors ? Réponds-moi, Jo, réponds-moi !
Joséphine laissait tomber le combiné, fermait les yeux, enfermaitsa tête entre ses coudes. Ne pas se rappeler ce temps-là, oublier, oublier… Lavoix dans le téléphone résonnait comme la danse furieuse d’un petit lutin.
— Tu te laisses enfermer… c’est ça ? Mais parquoi ? Par quoi, Jo ! Merde ! Tu n’as pas le droit de…
Joséphine jetait le téléphone contre le mur.
Elle voulait oublier ces jours de bonheur.
Ces jours où elle s’était fondue en lui, engloutie en lui,oubliée en lui.
Où elle s’était raccrochée au bonheur d’être dans sa peau,dans sa bouche.
Quand elle y pensait, elle posait les doigts sur ses lèvreset disait Philippe… Philippe…
Elle ne le dirait pas à Shirley.
Elle ne le dirait à personne.
Il n’y avait que Du Guesclin qui savait.
Du Guesclin qui ne posait pas de questions.
Du Guesclin qui gémissait en la regardant quand elledevenait trop triste, que son regard tombait trop bas, que le chagrin la jetaità terre.
