Devant le 3 Belgravia Square, elle avait emboîté le pas àdeux Anglais qui parlaient cinéma en se frottant les narines. Elle les avaitsuivis, faisant semblant de gober leurs mots, s’était faufilée avec eux dans levaste appartement au plafond aussi haut que la cathédrale de Canterbury etavait continué à boire les propos de Steven et Nick au sujet de Bright Starsde Jane Campion. Ils avaient vu ce film en avant-première au London FilmFestival et se gargarisaient d’appartenir au club des happy few qui pouvaienten parler. To belong or not to belong semblait être la devise de toutAnglais chic. Il fallait « appartenir » à un ou plusieurs clubs, unefamille, une école, un domaine familial, un beau quartier de Londres ou ne pasêtre.

Steven faisait des études de cinéma, parlait de Truffaut etde Kusturica. Il portait un jean noir moulant, de vieilles bottes en vinyle, ungilet noir à pois blancs sur un tee-shirt blanc à manches longues. Ses longscheveux gras pendaient à chaque affirmation furieuse. Son copain, Nick, propreet rose, incarnait une version bucolique et jeune de Mick Jagger. Il hochait latête en se grattant le menton. Il devait supposer que cela le vieillissaitterriblement.

Elle les avait abandonnés après avoir posé son manteau dansune vaste pièce qui servait de vestiaire. Elle avait jeté le sien sur un grandlit jonché de fausses fourrures, de parkas kaki, d’impers noirs, avait tapotéses cheveux devant la glace à trumeau de la cheminée et avait murmuré t’esparfaite, ma chérie, absolument parfaite. Il va tomber dans ton filet comme unjoli poisson doré. Ses escarpins Dior et la petite robe noire Alaïa achetéedans une vintage-shop à Brick Lane la transformaient en bombe sexuelleréservée. Bombe sexuelle si je veux, réservée si je le décide, chuchota-t-elle



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