
Mary Dorsey était un cas désespéré. Elle avait toutessayé : le speed dating, le slow dating, le blind, le jewish, lechristian, le New Labour, le Tory, le dirty, le wikipedi, le kinky… Elle étaitprête à prendre tous les risques pour ne plus rester seule chez elle, le soir,à manger des Ben & Jerry en sanglotant devant la scène finale de Anaffair to remember[1]lorsque Cary Grant se rend enfin compte que Deborah Kerr lui cache quelquechose sous le grand plaid beige. Seule, en survêtement déteint, une houle deKleenex froissés autour d’elle, Mary gémissait je veux un homme qui soulève monplaid et m’emporte dans ses bras ! Et comme elle avait englouti, en plusdes pots de crème glacée, une bouteille de Drambuie, elle ajoutait, poisseusede larmes et de rimmel, « Il n’y a plus de Cary Grant sur terre, c’estfini, fini… l’homme viril est en voie de disparition » avant de rouler ensanglotant sur le parquet rejoindre les Kleenex froissés.
Elle aimait à raconter ces scènes pitoyables qui ne lamettaient pas vraiment en valeur. Elle affirmait qu’il fallait aller très basdans le dégoût de soi afin de rebondir.
Le souvenir de cette conversation détourna la trajectoired’Hortense qui allait poser la main sur l’épaule de Mary Dorsey. Elle bifurquavers une silhouette blonde, ravissante, étonnante…
C’est alors qu’elle reconnut Agyness Deyn. AgynessDeyn, en personne. The it girl. The girl tout court. Celle qui allait bouterKate Moss hors des podiums. L’égérie de Burberry, Giorgio Armani, Jean-PaulGaultier, qui poussait la chansonnette au sein des Five O’clock Heroes etcollectionnait les couvertures de Vogue, Elle, Grazia.Elle était là, très blonde, très mince, un foulard très bleu marine dans sescheveux très blonds coupés très court, en collants très rouges et tennis trèsblanches, une petite robe à froufrous en dentelle et un blouson étriqué envieux jean usé.
