
Frank Herbert
Les enfants de Dune
1
Les enseignements de Muad’Dib sont devenus le terrain de jeux des scolastiques, des superstitieux, des corrompus. Ce que Muad’Dib nous a enseigné, c’est un mode de vie balancé, une philosophie qui permet à l’homme d’affronter les problèmes d’un univers soumis au changement permanent. Ce qu’il nous a dit, c’est que l’humanité continue d’évoluer selon un processus qui ne finira pas. Et il nous a dit aussi que cette évolution obéit à des principes changeants qui sont connus de l’éternité seule. Des raisonnements corrompus peuvent-ils vraiment disposer d’une telle essence ?
Une tache de lumière apparut sur l’épais tapis rouge qui recouvrait le sol rocheux de la grotte. Elle semblait ne provenir d’aucune source apparente et n’exister que dans la trame de fibre d’épice. C’était un cercle errant de deux centimètres de diamètre qui allait et venait au hasard, qui se déformait maintenant, devenait ovale. Rencontrant le flanc vert sombre d’un lit, la tache s’éleva vivement, se posa sur la couverture verte sous laquelle reposait un enfant aux cheveux roux dont les traits avaient encore la rondeur de l’enfance. Rien de la maigreur traditionnelle des Fremen dans ce visage à la bouche généreuse qui, cependant, n’était nullement gonflé d’eau comme celui de tous les étrangers à ce monde.
A l’instant même où la tache de lumière courut sur ses paupières, l’enfant tressaillit. La lumière s’éteignit.
On ne percevait plus, à présent, que sa respiration, calme et profonde, et, plus loin, dans le bassin, l’écho rassurant du bruit des gouttes d’eau capturées par le piège à vent, là-haut, à la surface.
La lumière revint, un peu plus grande, un peu plus vive. Cette fois, on devinait sa source en même temps que les mouvements qui l’orientaient.
