
Puis, la lumière disparut une seconde fois. La silhouette se déplaça dans un bruissement d’étoffe et s’immobilisa contre l’un des montants du seuil. Dès cet instant, un membre du Sietch Tabr n’aurait plus douté que cette silhouette était celle de Stilgar, le Naib, gardien des jumeaux orphelins qui, un jour, hériteraient du pouvoir de leur père, Paul Muad’Dib. Souvent, la nuit, Stilgar venait ainsi inspecter leurs appartements, commençant toujours par la chambre de Ghanima avant de passer dans celle où dormait Leto, afin de s’assurer qu’aucune menace ne pesait sur eux.
Je ne suis qu’un vieil idiot, se dit Stilgar.
Il posa les doigts sur la froide surface du projecteur de lumière avant de le glisser à sa ceinture dans la boucle de son écharpe. Il avait besoin du projecteur mais, dans le même temps, il le détestait. Le projecteur était un instrument très subtil de l’Imperium, capable de détecter la présence d’organismes vivants de grandes dimensions. Jusqu’à présent, il n’avait révélé que les enfants royaux dans le calme de leurs chambres.
Stilgar savait très bien que ses pensées et ses émotions étaient comme cette lumière. Il ne pouvait refréner une intense et frénétique projection intérieure. Cette pulsion-là était contrôlée par quelque puissance supérieure. Elle l’amenait invariablement à cet instant où il percevait l’accumulation du danger. Ici reposait l’aimant qui pouvait attirer tous les rêves de grandeur de l’univers connu. Ici dormaient d’immenses richesses temporelles, l’autorité séculière et ce talisman mystique, le plus puissant de tous : la divine authenticité du legs religieux de Muad’Dib. Dans ces deux jumeaux, Leto et sa sœur, Ghanima, une force terrible était concentrée. Durant le temps de leur vie, Muad’Dib, bien que mort, revivrait par eux.
