
« Mes yeux sont aussi bleus que les vôtres », dit-elle enfin.
Ghanima se mit à rire. Harah demeurait une adepte du jeu fremen des questions. Par cette simple phrase, elle venait de dire : « Ne me défie pas, mon garçon. Tu es peut-être de sang royal, mais nous portons tous deux les stigmates du Mélange. Est-il un Fremen qui puisse désirer une autre parure, un plus grand honneur ? »
Leto sourit, hochant la tête d’un air de regret.
« Harah, mon amour, si tu étais plus jeune et si tu n’appartenais pas à Stilgar, je te ferais mienne. »
Harah accepta cette petite victoire et fit signe aux serviteurs de se remettre à leurs tâches. Ce jour était important.
« Mangez, ajouta-t-elle à l’intention des jumeaux. Vous aurez besoin de force aujourd’hui. »
« Tu admets donc que nous ne sommes pas trop beaux pour notre grand-mère ? » demanda Ghanima, la bouche pleine de bouillie.
« Il ne faut pas la craindre, Ghanima », dit Harah.
Leto avala une nouvelle cuillerée et jeta un regard inquisiteur à l’adresse de Harah. Elle disposait d’un tel bon sens qu’elle se faufilait sans la moindre difficulté dans le jeu des subtilités.
« Croira-t-elle que nous la craignons ? » demanda Leto.
« Je ne le pense pas. Elle était notre Révérende Mère, ne l’oubliez pas. Je la connais. »
« Comment Alia est-elle vêtue ? » demanda Ghanima.
« Je ne l’ai pas encore vue », répondit laconiquement Harah, tout en se détournant.
Leto et Ghanima échangèrent un regard lourd de secrets partagés avant de retourner à leur bol. Un instant plus tard, ils s’engageaient dans le grand passage central du sietch.
« Ainsi, aujourd’hui, nous recevons une grand-mère », déclara Ghanima dans l’une des langues anciennes qu’elle avait reçue en mémoire génétique.
« Alia est très inquiète », commenta Leto.
« Qui pourrait se défaire avec joie de tant de pouvoir ? »
