Ils se turent, suivant lentement le flot de la foule qui s’écoulait dans le passage. Il faisait frais dans le Sietch Tabr, mais les distilles les protégeaient, et Ghanima tout comme Leto avait rejeté en arrière le capuchon de son condenseur, dégageant ses cheveux roux.

Leurs visages étaient presque identiques, avec la même bouche généreuse et les mêmes yeux absolument bleus de l’Ibad.

Leto fut le premier à déceler l’approche de leur tante.

« La voilà », dit-il simplement, employant le langage de bataille des Atréides.

Comme Alia s’avançait, Ghanima inclina la tête et déclara : « La prise de guerre salue son illustre parente. »

Employant ainsi le Chakobsa, elle entendait mettre l’accent sur le sens véritable de son nom, Ghanima – prise de guerre.

« Comme vous le voyez, chère tante, dit Leto, nous nous sommes préparés afin de rencontrer votre mère. »

Entre tous, dans la maison royale, Alia était la seule à ne jamais s’émouvoir du comportement adulte de ces enfants. Elle leur décocha un regard furibond avant de siffler : « Tenez votre langue, vous deux ! »

Ses cheveux couleur de bronze étaient rejetés en arrière et maintenus par deux anneaux d’eau en or. Sa bouche pulpeuse n’était plus qu’un trait roide. L’ovale de son visage était déformé par le souci, et de minuscules rides entouraient ses yeux deux fois bleus.

« Je vous ai prévenus l’un et l’autre de l’attitude que vous devrez adopter aujourd’hui. Et vous en connaissez les raisons aussi bien que moi. »

« Nous connaissons vos raisons, ma tante, mais il se peut que vous ignoriez les nôtres », remarqua Ghanima.

« Ghani ! » gronda Alia.

Leto se redressa : « Ce jour entre tous, nous ne tolérerons pas de jouer ce rôle d’enfants demeurés ! »

« Personne ne vous le demande, dit Alia. Mais nous considérons qu’il ne serait pas sage de susciter de dangereuses pensées chez ma mère. Irulan est d’accord avec moi. Qui peut savoir quel rôle va choisir Dame Jessica ? Après tout, elle est une Bene Gesserit. »



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