
Leto hocha la tête, songeant : « Pourquoi Alia ne devine-t-elle pas ce que nous soupçonnons ? Est-elle déjà allée trop loin ? Il nota tout particulièrement les subtils repères génétiques qui, sur le visage de sa tante, trahissaient la présence de son grand-père maternel. Le Baron Vladimir Harkonnen n’avait pas été un personnage particulièrement plaisant. Comme en réponse à cette pensée, le trouble revint en lui et il se dit en écho : Mais il est aussi mon ancêtre.
« Dame Jessica a été éduquée pour régner », prononça-t-il.
Ghanima acquiesça : « Pourquoi a-t-elle choisi ce moment pour revenir ? »
Brièvement, Alia fronça les sourcils. » Peut-être veut-elle seulement revoir ses petits-enfants ? »
C’est ce que vous espérez, ma chère tante, pensa Ghanima. Mais c’est diablement improbable.
« Elle ne peut régner ici, reprit Alia. Elle possède Caladan. Cela devrait lui suffire. »
Sur un ton conciliant, Ghanima demanda : « Lorsque notre père est allé mourir au désert, il vous a nommée Régente. Il…»
« Vous avez une plainte à formuler ? »
« C’était un choix raisonnable, dit Leto, emboîtant le pas à sa sœur. Vous étiez la seule à savoir ce qu’il en était que d’être née comme nous étions nés. »
« La rumeur, coupa Alia, prétend que ma mère est retournée auprès des Sœurs. Et vous savez l’un et l’autre ce que le Bene Gesserit pense de…»
« L’Abomination », dit Leto.
« Oui ! » cria Alia d’un ton rageur.
« Sorcière un jour, sorcière toujours, renchérit Ghanima. C’est ce que déclarent les Sœurs. »
Et Leto songea : Sœurette, tu joues un jeu bien dangereux. Il vint à sa rescousse : « Notre grand-mère était plus simple que toute personne de même rang. Vous avez ses souvenirs en vous, ma tante. Vous savez donc certainement à quoi vous attendre. »
