
La journée était froide. Les deux fauves venaient de s’immobiliser. Ils exploraient l’horizon du regard, leur haleine se changeant en buée loin devant leur mufle. Cette région de Salusa Secundus était âpre et dénudée. On y trouvait encore quelques maigres truites des sables ramenées frauduleusement d’Arrakis et qui survivaient péniblement dans l’attente du jour improbable où s’effondrerait le monopole du Mélange. Le paysage que contemplaient les tigres Laza était ponctué de rochers ocres et de buissons épars dont les taches d’argent et de vert ocellaient les longues colonnes des ombres du matin.
Tout à coup, les félins furent en alerte. Un bref frémissement parcourut leur pelage. Lentement, leurs yeux pivotèrent vers la gauche, puis leur tête suivit. Au loin, dans le décor desséché, deux enfants se hissaient à grand-peine sur une crête rocheuse, se tenant par la main. Ils n’avaient pas plus de dix ans. Ils avaient tous deux les cheveux roux et, par-dessus leur distille, ils portaient un somptueux bourka blanc dont l’ourlet et la cagoule étaient décorés du faucon des Atréides brodé de rubis. Ils bavardaient joyeusement et leurs voix parvenaient clairement aux tigres en maraude. Les Lazas connaissaient bien ce jeu : ils y avaient participé, déjà, mais ils ne perdaient rien de leur calme pour l’heure, attendant le signal d’attaque de l’émetteur.
