Une fois encore, le regard de Jessica balaya la scène. Déjà, elle avait remarqué bien des différences. Un balcon de prière avait été ajouté à la tour de contrôle. Là-bas, sur la gauche, loin dans la plaine, se dressait l’amas terrifiant de plastacier qui avait été le bastion de Paul, sa « forteresse au-dessus des sables ». La plus gigantesque construction jamais conçue par un cerveau humain, qui aurait pu aisément contenir des cités entières et qui, pour l’heure, abritait le plus puissant gouvernement de l’Imperium, la Société des Fidèles qu’Alia avait construite sur le corps de son frère.

Il faut balayer ça, se dit Jessica.

A présent, la délégation d’Alia, qui avait atteint le bas de la rampe, attendait. Jessica reconnut le visage parcheminé de Stilgar ! Et… oui, plaise à Dieu ! C’était bien la Princesse Irulan, là-bas, son corps si séduisant, le casque d’or de ses cheveux à peine soulevés par la brise dissimulant parfaitement sa férocité. Irulan, qui semblait ne pas avoir vieilli d’un jour ! Quel affront ! Et là, à l’extrême pointe du triangle… Alia. Ses yeux étaient fixés sur la plate-forme noyée dans l’ombre, et Jessica, sondant le moindre trait du visage de sa fille, si impudent par sa jeunesse, fut soudain gagnée par un sentiment oppressant. Et le ressac de son existence revint tonner à ses oreilles. Non, les rumeurs n’avaient pas menti ! Horrible ! Horrible ! Alia était partie sur la voie interdite. N’importe quelle initiée aurait lu cela sur son visage. Une Abomination !

Dans le moment qui suivit, où elle trouva la force de dominer ses émotions, Jessica comprit que jamais elle n’avait cessé d’espérer que les rumeurs fussent l’écho de la calomnie.

Mais les jumeaux ? se demanda-t-elle. Sont-ils donc condamnés eux aussi ?



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