Au cours de celui-ci, elle avait pu sentir le poids écrasant des souvenirs, de cet autre voyage de Caladan vers Arrakis en compagnie de son Duc, lorsqu’il avait été contraint de prendre possession de ce fief, contre le sentiment de sa raison.

Lentement, son regard parcourut l’étendue humaine en quête de l’infime détail qui ne pouvait échapper à ses sens de Bene Gesserit. Des capuches de distille du même gris terne : les Fremen du désert profond. Des robes blanches portant les marques de pénitence aux épaules : des pèlerins. Et, ça et là, des îlots de riches marchands, tête nue et légèrement vêtus pour bien marquer leur dédain de l’économie d’eau. Et puis, aussi… une délégation de la Société des Fidèles, robes vertes, capuchons lourds, isolés, enfermés dans leur sainteté.

Le regard de Jessica monta vers le ciel et, à cet instant seulement, elle retrouva l’atmosphère d’autrefois, du jour lointain où elle était arrivée sur Arrakis avec son Duc bien-aimé. Il y avait de cela combien de temps ? Plus de vingt années ! Tant de battements de cœur… Cette idée l’emplissait d’effroi. En elle, le temps était une chose morte, un poids d’absence, comme si toutes ces années passées loin de ce monde ne pouvaient avoir rang d’existence réelle.

Une fois encore, me revoici dans la gueule du dragon, songea-t-elle. Ici même, dans cette plaine, son fils avait vaincu l’empereur Shaddam IV. Ces lieux avaient connu une convulsion historique dont l’empreinte sur l’esprit et les croyances des hommes n’étaient pas près de s’effacer.

Derrière elle, Jessica devina les murmures nerveux des gens de sa suite et, pour la seconde fois, elle émit un soupir. Ils attendaient tous Alia qui, pour quelque raison inconnue, avait été retardée. Mais la suite d’Alia approchait, là-bas, créant une espèce de vague à mesure que les Gardes Royaux ouvraient un chemin au sein de la foule.



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