
Comment nous sommes-nous rencontrés ici ? Comment avons-nous pu mêler nos existences et dans quel but ? Est-il de mon devoir de mettre un terme à tout cela ? De détruire cette puissante conjonction ?
A présent, Stilgar affrontait ce choix effrayant. Il pouvait renier l’amour et la famille et prendre une décision, ainsi qu’il convenait à un Naib en certaines occasions, une décision de mort pour que vive la tribu. D’un certain point de vue, ce serait un acte atroce en même temps qu’une trahison. Tuer des enfants ! Pourtant, il ne s’agissait pas de simples enfants. Ils avaient absorbé le Mélange, ils avaient participé à l’orgie du Sietch. Ils avaient chassé la truite des sables au plus profond du désert et partagé les jeux des autres enfants fremen… Et ils avaient leur place au Conseil Royal. Ils étaient à l’âge le plus tendre, mais leur sagesse leur permettait de siéger. En vérité, seule leur chair était jeune. De par leur expérience, ils étaient anciens, nés doués de l’accumulation de la mémoire génétique, héritiers d’une connaissance effrayante qui les rendait absolument différents des autres humains, tout comme leur tante Alia.
Tant de fois, durant combien de nuits, l’esprit de Stilgar avait fait le tour de cette différence avant que le tourment ne le tire du rêve pour le ramener dans les chambres des jumeaux, laissant ses songes inachevés.
Mais ses doutes, en cet instant, se précisaient. Son impuissance même à prendre une décision était une sorte de décision. Cela, il ne pouvait l’ignorer. Les jumeaux, de même que leur tante, avaient connu l’éveil dans la matrice, ils avaient recueilli tous les souvenirs de leurs ancêtres. Grâce à l’épice, par l’intoxication de leurs mères, Dame Jessica et Chani. Mais, avant d’avoir connu l’épice, Dame Jessica avait donné le jour à son fils, Muad’Dib.
