
Les pensées de Stilgar s’accélérèrent encore, entrèrent en fermentation. Il ne pouvait y avoir aucun doute : ces enfants étaient allés plus loin que leur père. Mais dans quelle direction ? Le garçon disait qu’il était son père, et il l’avait prouvé une fois par des souvenirs qu’il avait révélés et qui ne pouvaient appartenir qu’à Muad’Dib. Ou bien d’autres ancêtres veillaient-ils dans ce gigantesque éventail de passés, des ancêtres dont les croyances et les coutumes faisaient peser sur les humains vivants des menaces innommables ?
Des Abominations, avaient déclaré les saintes sorcières du Bene Gesserit. Pourtant, elles convoitaient la génophase de ces enfants, elles avaient besoin du sperme et des ovules mais non de la chair turbulente qui les produisait. Était-ce pour cette raison que Dame Jessica revenait ? Elle avait rompu avec le Bene Gesserit pour soutenir son ducal époux, mais la rumeur disait que, depuis, elle avait repris sa place parmi les Sœurs.
Je pourrais en finir avec tous ces rêves, songea Stilgar. Et ce serait tellement simple.
Pourtant, une fois encore, il s’interrogea à son propos. Pouvait-il vraiment faire un tel choix ? Les enfants de Muad’Dib étaient-ils responsables de cette réalité qui occultait les rêves des autres ? Non. Ils n’étaient que les lentilles par lesquelles filtrait cette lumière qui révélait des formes nouvelles de l’univers.
