
Mieux vaut cette émulation, songea Stilgar. Mieux vaut affronter ce qui vient quand cela vient. Moi-même, je suis un serviteur et mon maître est Dieu, le Miséricordieux, le Passionné… Et il cita les versets familiers :
« Il est vrai que Nous leur avons mis des chaînes au cou et jusqu’au menton afin que se redressent leurs têtes ; et Nous avons dressé une barrière devant eux, et derrière aussi ; et sur eux, Nous avons mis un toit, afin qu’ils ne puissent plus voir. »
Ainsi était-il écrit dans l’ancienne religion Fremen.
A nouveau, Stilgar hocha la tête, en silencieuse approbation. Voir, connaître le moment à venir ainsi que l’avait su Muad’Dib qui discernait le futur, c’était là une force qui s’exerçait contre les choses humaines, créant d’autres lieux pour de nouvelles décisions. Si les chaînes tombaient, cela pouvait indiquer un nouveau caprice de Dieu, un acte dont la complexité transcendait l’entendement humain.
La main de Stilgar s’écarta du krys. Ses doigts demeuraient encore noués sur le souvenir de sa forme. Mais la lame, qui avait jadis brillé dans la gueule béante d’un ver des sables, resta dans son fourreau. Car Stilgar savait qu’il ne pourrait la brandir pour sacrifier les jumeaux. Il avait pris sa décision. Mieux valait conserver cette ancienne vertu qu’il avait toujours chérie : la loyauté. Mieux valent les difficultés que l’on pense connaître que celles qui défient la connaissance. Mieux vaut le présent que l’avenir du rêve. Et les rêves peuvent être vides et déchirants : il le savait au goût amer qui lui venait maintenant à la bouche.
Non ! Plus de rêves !
