Kim Stanley Robinson

Les martiens

Michel dans l’Antarctique

Au début, c’était formidable. Les gens étaient bien. La Vallée de Wright était un endroit terrible. Tous les jours, Michel se réveillait dans son box et regardait par le hublot (chacun avait le sien) la surface plane du lac Vanda, un ovale de glace bleue craquelée qui occupait le fond de la vallée. Une vallée immense et profonde encaissée entre des parois de roche marron, striée horizontalement. En voyant tout cela, il éprouvait un petit sursaut, et la journée commençait bien.

Ils avaient toujours beaucoup à faire. On les avait largués dans la plus vaste des vallées sèches de l’Antarctique, avec tout un tas de baraquements préfabriqués et, pour leur installation dans l’immédiat, des tentes Scott. Leur tâche, pendant l’éternelle journée qu’était l’été dans l’Antarctique, consistait à assembler leur habitat hivernal, lequel s’était révélé, au cours du montage, être un ensemble assez important, et confortable, de cubes rouges reliés entre eux. Ça paraissait à bien des égards annoncer ce qui attendrait les voyageurs lorsqu’ils arriveraient sur Mars, et c’était donc évidemment très intéressant pour Michel.

Ils étaient cent cinquante-huit, mais cent seulement seraient du premier voyage, celui qui établirait une colonie permanente. C’était le plan échafaudé par les Russes et les Américains, qui avaient mis sur pied une équipe internationale pour le mener à bien. Ce séjour dans l’Antarctique était donc une sorte de test, ou d’entraînement. Mais tous ceux qui étaient là donnaient l’impression de penser qu’ils feraient partie des heureux élus, et Michel n’observait que très rarement chez eux la tension caractéristique des candidats à l’embauche. Comme ils disaient quand la question se posait – en d’autres termes, quand Michel la leur posait –, certains postulants s’élimineraient d’eux-mêmes, d’autres seraient sélectionnés pour les missions ultérieures sur Mars ou, au pire, éliminés. Il n’y avait donc pas de quoi s’en faire. La plupart n’étaient pas du genre à s’en faire, de toute façon. C’étaient des gens compétents, brillants, sûrs d’eux, habitués à réussir. Ce qui inquiétait Michel.



1 из 435