
De l’autre côté de la mer de Ross, la base de McMurdo disposait d’un contingent supplémentaire de personnel, précisément pour les aider à tenir le coup cet hiver-là au lac Vanda, de sorte que l’hélicoptère arriva dans un grand bruit de pales, une heure à peine après leur arrivée. À ce moment-là, Ben s’en voulait à mort d’être tombé. Il paraissait plus atteint dans son amour-propre que physiquement, même s’ils découvrirent par la suite qu’il s’était bel et bien fracturé la hanche.
— Il est tombé comme une masse, dit plus tard Michel à Maya. C’est allé si vite qu’il n’a pas eu le temps de se retenir. Je ne suis pas étonné qu’il se soit cassé quelque chose.
— C’est vraiment moche, répondit Maya.
— Vous avez été parfaite, là-bas, reprit Michel, à son propre étonnement. Vous avez réagi en vitesse.
Elle écarta la remarque d’un geste de la main accompagné d’un bruit dépréciatif.
— Je ne sais pas combien de fois j’ai vu ça. J’ai passé toute mon enfance sur la glace.
— Oui, bien sûr.
L’expérience. Une expérience riche était la base de toute prise de décision naturelle. Il avait l’impression que Maya en avait à revendre dans toutes sortes de domaines. L’ergonomie, sa spécialité, consistait à faire en sorte que les gens soient en harmonie avec les choses. Elle irait sur Mars. Pas lui. Il l’aimait. Enfin, il aimait des tas de femmes. Il était comme ça. Mais elle…
Extrait des notes personnelles de Michel, sérieusement cryptées :
Janet Blyleven : belle. Parle vite, avec assurance. Amicale. Chaleureuse. L’air saine. De beaux seins. Le copinage n’est pas une véritable amitié.
Maya : très belle. Une tigresse entre dans la pièce, odeur de sexe et de meurtre. La femelle alpha qui soumet toutes les autres. Rapide en tout, changement d’humeur compris. Avec elle, on peut parler. Nous avons de vraies conversations parce qu’elle se fiche de ce que je fais ici. Est-ce possible ?
