Ils étaient tous experts en quelque chose. Michel, qui avait étudié la Prise de décision naturaliste, était un expert dans ce domaine, et il savait que les experts prenaient les informations limitées à leur disposition dans une situation donnée, les comparaient à leur vaste corpus d’expérience et décidaient rapidement en se basant sur des analogies avec leurs expériences passées. C’est pourquoi, en ce moment et dans cette situation, les experts de ce groupe faisaient ce qu’ils auraient fait pour obtenir une bourse, ou pour emporter l’adhésion d’un jury à une soutenance de thèse. Quelque chose dans ce genre-là. Le fait qu’ils n’aient jamais affronté une mission de ce genre était problématique, mais pas inhibant.

À moins de considérer la situation comme étant instable au point de défier toute tentative de prévision. Il y avait des situations comme ça. Même les meilleurs météorologues avaient du mal à prédire les chutes de grêle. Les meilleurs chefs de guerre ne pouvaient prévoir l’issue d’une attaque surprise. Certaines études récentes montraient qu’il en allait à peu près de même pour les psychologues qui tentaient d’établir des diagnostics mentaux prévisionnels à partir des résultats de tests psychologiques standards. Ils n’avaient pas assez de données. Et voilà pourquoi Michel regardait intensément leurs visages, ces résumés roses ou bruns de leur personnalité, en essayant de déchiffrer le tout à partir de la partie.


Sauf que ce n’était pas tout à fait vrai. Les visages pouvaient être trompeurs, ou ne livrer aucune information. Et les théories psychologiques étaient notoirement contrariées par de profondes incertitudes de toute sorte. Les mêmes événements et les mêmes environnements produisaient des résultats radicalement différents selon les individus, telle était la vérité. Il y avait trop de facteurs perturbateurs pour pouvoir tirer des conclusions nettes de n’importe quel aspect de la personnalité.



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