
Tous les modèles psychologiques proprement dits – les nombreuses, trop nombreuses théories – n’étaient en fait qu’une codification de leurs intuitions par des psychologues isolés. Peut-être était-ce un aspect commun à toutes les sciences, mais c’était particulièrement évident en psychologie, où toute nouvelle proposition s’appuyait sur des théories antérieures, qui défendaient souvent leur point de vue en faisant référence à d’autres, plus anciennes, et ainsi de suite, en remontant jusqu’à Freud et Jung, sinon Galen. Le fascinant ouvrage qu’était
Psychoanalytic Roots of Patriarchy en offrait un parfait exemple, de même que le classique de Jones,
The New Psychology of Dreaming. C’était une technique courante : citer une hypothèse d’un grand nom du passé ajoutait du poids à ses propres assertions. C’est ainsi que, souvent, les tests statistiques à large spectre administrés par des psychologues contemporains étaient surtout conçus pour confirmer ou infirmer des intuitions préliminaires avancées par des quasi-victoriens comme Freud, Jung, Adler, Sullivan, Fromm, Maslow, etc. Vous preniez l’expert antérieur dont les idées vous paraissaient justes, puis vous passiez ses intuitions au crible des techniques scientifiques actuelles. S’il fallait remonter aux origines, Michel préférait Jung à Freud. Plus récemment, il avait un faible pour les tenants de l’autodéfinition utopique – Fromm, Erikson, Maslow – et les philosophes de la liberté contemporains qui allaient de pair, comme Nietzsche et Sartre. Et, bien sûr, les derniers représentants de la psychologie moderne, éprouvée, revue par des spécialistes et publiée dans les organes spécialisés.
Mais toutes ses idées n’étaient que des développements élaborés à partir d’un ensemble originel d’impressions sur les gens. Une question d’intuitions. À partir de là, il était censé déterminer qui s’en sortirait si on l’envoyait sur Mars.