
D’un autre côté, il se pouvait que le contact sur sa jambe et tous ces regards n’aient existé que dans son imagination.
Ça commençait à devenir très bizarre.
Deux Russes, Sergei et Natasha, avaient amorcé une relation peu après leur arrivée au lac Vanda. Ils n’essayaient même pas de se cacher, comme d’autres couples que connaissait Michel, ou qu’il soupçonnait. Au contraire, ils auraient même été un peu trop démonstratifs, compte tenu de la situation ; leurs témoignages d’affection mettaient certaines personnes mal à l’aise. D’ordinaire, on pouvait ignorer les étrangers qui s’embrassaient en public, on pouvait les observer ou non, à son gré. Là, il y avait des décisions à prendre. Qu’est-ce qui était pire : le voyeurisme ou la pruderie ? Participait-on au programme en tant qu’individu, ou en tant qu’élément d’un couple ? Qu’est-ce qui leur donnait le plus de chances ? Qu’en pensait Michel ?
Et puis, pendant la soirée du solstice d’hiver, le 21 juin – tout le monde avait bu une coupe de champagne et se sentait soulagé d’avoir franchi ce cap psychologique, cette marée montante de l’année –, Arkady les appela pour voir l’aurore australe, une danse électrique, évanescente, de voiles et de draperies rose, bleu et vert pastel, planant sur le grain de leur réalité, esquissant ses rapides ondes sinusoïdales sur la nuit de velours noir. Soudain, au milieu de cette magie, des cris s’élevèrent de l’intérieur du complexe – des hurlements étouffés, des mugissements. Michel regarda autour de lui et vit que tous ces gens en cagoule de ski le regardaient, l’air de penser qu’il aurait dû prévoir ce qui allait arriver et l’empêcher d’une façon ou d’une autre, comme si c’était sa faute. Il se rua à l’intérieur et tomba sur Sergei et Natasha, qui s’étaient littéralement jetés à la gorge l’un de l’autre. Il tenta de s’interposer et, pour la peine, prit un coup dans la figure.
