
Cette chose fut faite lorsque la Mercedes Benz stoppa devant mon hôtel. Je voulus donner un pourboire au SS d’apparat, mais il le déclina morguement, aussi décidai-je de convertir en boissons fermentées ce billet dédaigné et gagnai-je le bar. Il y régnait cette ambiance trépidante qu’on trouve dans les boîtes de nuit de chef-lieu d’arrondissement les soirs de grève générale. Un pianiste fade comme du saumon fumé sous cellophane tripotait son clavier dont il aurait dû numéroter les touches pour mieux s’y retrouver. Un obèse ivre rotait du champagne tiède dans un coin. Par contre, une plus que jolie fille éclusait un machin en couleurs artificielles au rade, et vous comprenez parfaitement que c’est vers elle que me portèrent mes pas. Treize tabourets absolument libres aguichaient mes fesses. Je choisis celui qui était le plus voisin de la donzelle, m’y juchai et m’occupai de l’entraîneuse. Elle n’avait pas grand-monde à entraîner, aussi éveillai-je illico son intérêt. Le mien n’était pas de passer la nuit en sa compagnie puisque, comme beaucoup de cons, je me refuse à payer les faveurs d’une fille. Je sais bien que j’ai tort, car c’est la solution idéale pour assurer l’harmonie des rapports (surtout sexuels) entre un monsieur et une dame. Payer représente une économie de temps et de sentiments ; ça n’a donc pas de prix, puisque, précisément. ça en a un ! Pourtant, le mâle vaniteux veut être aimé pour ses beaux yeux et sa belle machine. Et je suis un mâle (alors là, faites confiance !) vaniteux.
— Vous parlez anglais ? lui demandai-je aimablement.
— Moi, oui, me dit-elle avec ambiguïté, mais je peux aussi discuter en français.
