
Je soupirai.
— Je suis navré de vous décevoir, monsieur Maeleström, mais je ne pourrai faire grand-chose dans ce pays dont je ne connais ni la langue ni les mœurs, là où mes confrères suédois ont échoué. D’autre part, je dois rentrer en France dès demain, n’ayant obtenu qu’un court congé de mes supérieurs pour venir encaisser mon prix.
Il me pétrit le bras. Ses traits s’étaient creusés et son regard d’emmerdé jetait l’éclat du désespoir.
— Il le faut, monsieur San-Antonio. Vous êtes mon ultime espoir.
— Impossible, vous dis-je !
— Juste Dieu ! Ayez au moins la reconnaissance du ventre, c’est à moi que vous devez votre prix, espèce de misérable ingrat ! Car sans moi, on couronnait Guy des Cars ! s’emporta le merdophage.
Je n’ai pas l’habitude de me laisser traiter de misérable.
Aussi me levai-je d’une détente et gagnai-je la sortie sans un mot.
Les aiguilles de pins, cristallisées par le gel, craquaient sous mes pieds. J’arpentais cavalièrement l’allée cavalière, à longs pas rageurs, me demandant comment j’allais pouvoir rallier Stockholm, lorsque deux phares me captèrent dans leur faisceau. La Mercedes Benz surgit à ma hauteur. Le conducteur en descendit, m’ouvrit la portière, et je ne me fis point prier pour y prendre place, tout heureux que j’étais du savoir-vivre de Maeleström. Ce monsieur mangeait de la Merde, il était d’un tempérament soupe au lait (malgré tout), pourtant il ne perdait pas longtemps de vue ses devoirs d’hôte.
Le chauffeur blond parlait anglais, presque aussi mal que moi, mais sans accent français.
Bien qu’il fût d’un naturel peu bavard, du moins avec les invités de son patron, je lui fis un brin de conversation.
— Il y a longtemps que vous êtes au service de M. Maeleström ?
— Huit ans, sir.
Je fis un rapide calcul mental (n’ayant pas de papier sous la main). Ce garçon servait déjà Maeleström au moment de l’affaire Borg Borïgm. Je lui demandai s’il avait entendu parler de ce meurtrier, et il me répondit que oui, mais évasivement. Avait-il eu l’occasion de le rencontrer ? Non, jamais. Pensait-il que son maître ait eu des relations avec le fugitif ? Pourquoi, grand Dieu ! Bref, il ne me fut d’aucune utilité et je décidai d’oublier cette histoire.
