
Ma blonde et généreuse compagne entre d’une démarche qu’on pourrait qualifier de délibérée sans se faire reprendre par mon camarade Emile Littré, lexicographe de son état.
Elle se jette dans un fauteuil Knoll, croise ses jambes sur un accoudoir et s’étire.
A la lumière orangée de l’abat-jour, elle est encore plus belle que dans le bar où, du reste, je ne pouvais pratiquement la contempler que de profil.
C’est la souris nordique dans toute son apothéose.
Une espèce d’aurore boréale avec un dargif qui ferait bander un arc de cercle arctique.
En toute grande modestie, je peux vous assurer que c’est la première fois qu’une frangine me talbine pour bavouiller. Vous assistez à une grande première, les gars.
Naturellement, je me propose de lui restituer son artiche après la séance, mais si je disais que ça me picote les roustifs, un truc pareil ! En amour, les stimulants te viennent bizarrement.
C’est pas fatalement les bottes noires et la cravache qui t’embrasent la crémaillère. Suffit parfois d’une magistrale pensée bien aiguë, acuponctueuse.
— Un drink ?
— Volontiers. Vous me mettrez moitié akvavit, moitié crème d’abricot, avec quelques gouttes de citron.
Tandis que je confectionne sa saloperie, une réflexion m’échappe :
— Il est rare qu’une entraîneuse paie pour faire l’amour.
Je regrette mon étourderie. J’ai tort, car elle ne s’émeut pas.
— Je ne suis pas entraîneuse.
